Kriki

Exposition « maskarade » 

Kriki

 A La Collégiale Saint-André de Chartres du 22 juin au 25 août 2013

L’artiste Kriki né en 1965 à Paris. Vit et travaille à Paris.

Le critique d’art Jean-Luc Chalumeau, auteur de nombreux ouvrages sur l’art contemporain, écrit en préface de la monographie de Kriki : « Fondateur, en 1984, du groupe de peintres Nuklé-Art et du groupe de musique électro punk Les Envahisseurs, Kriki incarne encore la culture punk dans l’art contemporain français. Avec la rue et le métro comme école d’art, il a participé, dès 1984 à l’éclosion de ce que l’on nomme aujourd’hui le Street Art. Immergé dans la culture alternative, son avant-gardisme de jeunesse le placera d’emblée en tête des artistes à suivre autant en galeries que sur le marché de l’art ».

En effet, dès ses débuts, Kriki a été identifié comme une des figures emblématiques de la peinture française des années 80. Il participera à la vente historique « Les jeunes débarquent » aux côtés, entre autres, de Keith Haring et Futura 2000, où il fera un des meilleurs prix sous le marteau de Maître Binoche.

A l’évidence, Kriki appartient à cette sensibilité générationnelle de la « Figuration libre », dont il contribuera à sa redynamisation. S’il a pu dire qu’il était « entré par effraction dans l’art », il n’en reste pas moins vrai qu’aujourd’hui Kriki demeure un précurseur d’avant-garde, ce qui l’avait amené à exposer très jeune aux côtés de Wim Delvoye, Keith Haring ou Basquiat dans des galeries aussi célèbres que Guy Pieters Gallery, Il Capricorno et Enrico Navarra ; ou encore de participer aux toutes premières expositions de galeries aujourd’hui prestigieuses telles que Jérôme de Noirmont ou Kamel Mennour. Kriki imposera alors un style immédiatement identifiable sur la scène internationale faisant de lui un des artistes majeurs de sa génération.

Dès 1985, Kriki invente un personnage, le « Fuzz », mi-robot, mi-fétiche polymorphe, omniprésent, véritable signature de l’artiste. Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris s’emparera du Fuzz sous forme d’édition, alors qu’un mécénat de la Maison Louis Vuitton permettra la réalisation du Projet Fuzz exposé à la Galerie Kamel Mennour en 2000. Après de nombreuses métamorphoses, le Fuzz et les figures qui l’accompagnent, réapparaîtront dans les tableaux sous la forme de virus contaminant l’histoire de l’art. Kriki sur-manipule les images originales dont sont issues ses peintures, qui résistent à notre première tentative de lecture, pour mieux rejoindre un langage universel. Ce sont des mondes construits par de multiples références culturelles faits de la sédimentation d’affects qui jalonnent la vie de l’artiste. « Kriki est le seul artiste français dont l’originalité et l’ambition de sa peinture peuvent être comprises comme un pont entre Subculture et Haute culture », écrira Ernest Van Buyender, président du Musée d’Art Contemporain d’Anvers (Muhka).

Aujourd’hui la côte grandissante de l’artiste confirme sa place dans le classement 2011 Art Price du top 10 des artistes contemporains les plus vendus en France.

L’oeuvre de Kriki est présente dans d’importantes et prestigieuses collections publiques et privées à travers le monde :

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Musée d’Art et d’Histoire / Belfort, Inka Bank / Genève, Fondation Peter Stuyvesant / Amsterdam, Palais Bénédictine / Fécamp, Musée de la Seita / Paris, Hôpital Saint Vincent de Paul / Paris, Collection General Motors / Détroit, Musée du Luxembourg / Paris, Centre d’Art Villa Saint Cyr / Bourg-La-Reine, Musée Hôtel Bertrand / Châteauroux, Bibliothèque Nationale de France / Paris, Museum of Contemporary Art / Shanghai…

Il a notamment été exposé par les Galeries Loft / Paris, Enrico Navarra / Paris, Reflex Modern Art / Amsterdam, Il Capricorno / Venise, Riff Art / Paris et Istanbul, Nordine Zidoun / Luxembourg, Galerie du Centre / Paris, Yvon Lambert Project / Paris, Guy Pieters Gallery / Knokke-Le-Zoute, Jérome de Noirmont / Paris, Kamel Mennour / Paris…

Kriki a participé à de nombreuses Foires d’Art Contemporain avec des One-man-show pour la FIAC / Paris, Art Paris, Grand Palais / Paris, Pan Art Fair / Amsterdam, Foire d’Art Contemporain de Strasbourg, Art Feria / Bologne, Art Fair / Cologne, Gramercy Art Fair / New York, Foire Young Art YA Art Fair / Miami

Une monographie, divers catalogues d’expositions et livres-objets ont été édités.

L’EXPOSITION MASKARADE

L’exposition « Maskarade » s’articule autour d’un ensemble de peintures, ayant pour thème récurrent le masque, et d’une sculpture monumentale « Katielo ». On y retrouve le Fuzz, animal polymorphe, telle une marque créée par Kriki dès ses débuts , et dont le projet ambitieux autour de cette espèce en voie d’apparition sera présenté par la Galerie Kamel Mennour en 2000. Dans la dernière série de tableaux rassemblés pour « Maskarade », outre quelques personnages fondateurs de son oeuvre, Kriki met en scène de nouvelles figures : « l’homme feuille Bwaba », « l’homme fibre Bobo », ou encore « La Pompadour Songyé » et « Les Breakers », autant de figures estampillées imaginaires inspirées de rituels africains, d’art classique occidental, de culture hip hop et de robotique avec l’androïde « Topo ». Cette surprenante mixité iconographique, autant dans ses sources esthétiques que dans sa prise avec la réalité de l’art contemporain, fera écrire à Ernest Van Buyender, président du Musée d’Art Contemporain d’Anvers (Muhka) : « Kriki est le seul artiste français dont l’originalité et l’ambition de sa peinture peuvent être compris comme un pont entre Subculture et Haute culture».

A chacune de ses figures évoluant dans des espaces déstructurés de villas d’architectes, ouverts sur un extérieur sans cesse renouvelé, Kriki distribue des rôles particuliers. La présence de jacks traversant l’ensemble de son oeuvre depuis plus de 25 ans, symbolise le désir de connecter tous les éléments fondamentaux du tableau entre eux. Ces représentations de câbles et fiches électroniques tressés, courant d’une peinture à l’autre, renforcent un processus esthétique donnant à penser que nous sommes là, dans de véritables connexions picturales, et non dans des collages de différents fragments plastiques entre eux. A l’évidence, l’exposition « Maskarade » met en réseau les mondes visionnaires de Kriki, où son propre langage connectique et pictural rejoint un langage universel. L’exposition devient alors ce lieu énergique où une multitude de branchements révèlent des univers singuliers, tous construits par de multiples références culturelles, et faits de la sédimentation d’affects qui jalonnent et concrétisent la vie de l’artiste.

Avec la sculpture « Katielo », un événement se produit, Kriki crée du spectaculaire ! D’emblée, cette oeuvre monumentale, spécialement conçue et réalisée pour la Collégiale de Chartres force

le dialogue avec ce lieu historique. Il est rare de retrouver chez des artistes de la génération de Kriki, des sculptures aussi impressionnantes présentées à un large public. Voilà pourquoi la complicité avec l’histoire de cette Collégiale n’en demeure pas moins un débat forcé avec l’histoire de l’art contemporain français ! « Katielo », nom issu de la cosmogonie Sénoufo – ethnie du Mali, signifie la divinité-maternité consacrée de la forêt. Son message est inséparablement théologique et anthropologique. A savoir aussi qu’à la source de la conceptualisation de cette sculpture, la cosmogonie des Sénoufos est ignorée de Kriki qui, lui, à ce moment-là, cherche à radicaliser son idée-force de masques africains dont le bois se met à repousser. Ce terme botanique de « repousse » fait sens en donnant vie de nouveau au bois inerte des masques sculptés, et par propagation, à l’idée d’une germination sourde à l’oeuvre dans chacune de ses peintures. Fortement inscrite dans la connectique sensible de Kriki, « Katielo » expérimente la relation entre le visible et l’invisible, entre le masque et ce qu’il y a derrière. De ce fait, l’impact de ce surprenant bourgeonnement à ses extrémités supérieures s’étend de façon imperceptible à toute la sculpture, à tout son corps ! L’apparition inattendue et déjà envahissante de ces larges feuilles vertes, de ces jeunes pousses luisantes autorisent la croyance de l’existence d’un modèle rhizomique aux pieds baskettisés de « Katielo ». Charles Péguy écrira : « De même que lors d’une floraison avortée, la poussée abandonne la partie pour reprendre par en-dessous, à des sources de sèves demeurées vives… ». Mais « Katielo », c’est aussi une sorte de carte d’identité de celui qui incarne encore aujourd’hui la culture punk. En témoigne cette sculpture rare, où l’artiste cristallise un 18ième siècle poudré et désinvolte avec une Pompadour africaine en sneakers, caressant un Fuzz endormi sur ses genoux, telle une vierge à l’enfant, bienveillante dans un lieu sacré, définitivement solennelle, assise sur un ampli attentant le branchement des jacks et autres effets larsens prêts au concert. C’est quand Kriki lui recherchera un nom, qu’il arrivera jusqu’à « Katielo » chez les Sénoufos ; aussitôt baptisée, cette sculpture tout aussi improbable qu’inouïe, retombera sous le sens par deux fois, plastiquement et intellectuellement. En plantant « Katielo », comme on jette une graine, au centre de la Collégiale, Kriki fait événement dans l’émergence possible de nouveautés, en procédant par bifurcations métaphoriques dans le déploiement des jeunes ramilles feuillues. La radicalité inventive de l’artiste, combinée à sa façon de travailler par arborescence, le rapproche des propos du philosophe Michel Serres : « Comme un rameau s’élance de la tige, la nouveauté émerge du format… ». « Maskarade » ne masque rien…

Infos  :
Collégiale Saint-André 2 rue Saint-André Chartres
Entrée libre tous les jours sauf lundi de 10h à 19h jusqu’à 22h les vendredi et samedi
Tél 02 37 23 41 43 www.chartres.fr